L’odorat est plus fiable que la date limite

9. Juin 2020
2/2020

La mise en garde «à consommer de préférence avant le ...», omniprésente sur l’emballage de nos denrées, est à l’origine d’une bonne partie du gaspillage alimentaire en Suisse. Cela devrait changer: en ne considérant plus la date comme une donnée absolue.

Chaque année, 2,8 millions de tonnes de denrées sont perdues en Suisse. Cela correspond à quelque 330 kg de déchets alimentaires qui auraient pu être évités par personne et par an. D’après l’association «foodwaste.ch», environ un tiers des aliments est gaspillé en Suisse entre la récolte et l’assiette. 
De nombreuses initiatives locales cherchent à réduire la quantité de marchandises de qualité irréprochable jetées par le commerce: à Bâle par exemple, le «Äss-Bar» propose sous le slogan «frais d’hier» et à prix réduit des produits n’ayant pas pu être vendus par les boulangeries avant la fermeture. Chez «Foodsharing», un réseau de bénévoles récupère auprès des entreprises les produits qui ne sont plus vendables et les redistribue au sein de son propre réseau, à des personnes en difficulté dans le cadre de tandems foodsharing ou encore aux centres de distribution «Fair-Teiler» ouverts au public à Zurich, Zoug, Bâle et Berne.

Les ménages gaspillent les denrées

Mais il faudrait surtout sensibiliser les ménages car une grande partie des denrées jetées est à leur attribuer. Avec le secteur de la restauration, les ménages engendrent environ 35% des déchets alimentaires, soit plus du triple de ce qui est jeté dans le commerce de gros et de détail. Cela représente un montant de 620 francs par personne et par an qui finit à la poubelle. 
L’une des principales raisons de cette situation est l’obligation d’indiquer la date de durabilité minimale sur chaque emballage alimentaire: au lieu de se fier à leurs sens, les consommateurs s’y tiennent strictement, voire même l’interprètent de façon erronée. La date de durabilité minimale promet que l’aliment conservera toute sa qualité au moins jusqu’à la date imprimée. Toutefois, la terminologie même de cette valeur indicative induit en erreur: passée cette date, les aliments sont souvent jetés alors qu’ils sont encore consommables. Les aliments emballés sont plus particulièrement concernés. La campagne «Too Good To Go» veut changer la situation.

«Souvent bon après»

Celui qui jette un yoghourt dès la date de durabilité minimale atteinte n’est pas une exception: près de 10% des déchets alimentaires en Europe sont, selon la campagne «Too Good To Go», la conséquence d’une interprétation trop stricte des dates de durabilité. Il pourrait en être autrement: alors que l’indication «À consommer avant le» est un indicateur de sécurité imposé par la loi pour les denrées périssables comme la viande hachée ou le poisson, la date de durabilité minimale est uniquement un indicateur de qualité: le fabricant garantit que, sous condition d’un stockage approprié, la qualité restera irréprochable jusqu’à la date indiquée. La plupart des aliments n’en sont néanmoins ni immangeables ni impropres à la consommation une fois cette date passée.
La campagne «Too Good To Go» veut lutter contre le gaspillage des aliments de la seconde catégorie en recourant à un nouvel étiquetage. L’indication supplémentaire «Souvent bon après le» doit inciter les consommateurs à tester les denrées en utilisant leurs propres sens lorsque la date de durabilité minimale est passée.

Consommable 14 jours au-delà de la date

Une enquête de l’association de consommateurs Stiftung für Konsumentenschutz (SKS)a montré que 92% des denrées alimentaires testées étaient encore consommables deux semaines après la date de durabilité minimale. De plus, la consommation n’aurait pas présenté de risques sanitaires même quatre semaines après la date indiquée. 
Dès 2012, la conseillère nationale zurichoise Tiana Angelina Moser a déposé au Conseil national une interpellation sur une modification de la pratique en matière de dates de consommation et de durabilité minimale. Au mois d’août de l’année dernière, le Gouvernement fédéral a accepté d’examiner le remplacement d’une date de durabilité minimale par une date de péremption. Les denrées alimentaires concernées auraient ainsi officiellement une durée de vie allongée de quelques jours, et la nouvelle indication serait plus claire pour le consommateur.
Si la terminologie autour de la date fait l’objet de controverses, l’unanimité est néanmoins indéniable sur un point: dans le cadre des objectifs de développement durable, la Suisse s’est engagée à diviser par deux la quantité de déchets alimentaires jusqu’en 2030. À ce niveau, un effort est demandé à chacun d’entre nous: utiliser tout simplement nos propres ressources et faire preuve de bon sens avant de jeter quelque chose.
«Too Good To Go» est un mouvement contre le gaspillage alimentaire. Au moyen d’une application gratuite, la start-up met en relation restaurants, supermarchés ou boulangeries avec des utilisateurs pour qu’ils puissent sauver de la nourriture ensemble: toogoodtogo.ch. L’association foodwaste.ch informe sur les initiatives locales sur foodwaste.ch. Elle a pour objectif de promouvoir le dialogue social et de donner des impulsions pour que des solutions innovantes soient développées.